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Mayn Shvester Khaye, Chava Alberstein & The Klezmatics

Pas de panique. Le titre ci-dessus est en yiddish et signifie “Ma sœur, Khaye”. C’est le titre d’un poème de Binem Heller (1906-1998), poète d’origine polonaise, décédé en Israël.

Chava Alberstein, quant à elle, est née également en Pologne, en 1947, d’où elle a émigré, vers Israël, quand elle avait 4 ans. C’est elle qui a composé la musique de “Mayn Shvester Khaye”.

Les Klezmatics, enfin, sont un groupe klezmer new-yorkais formé en 1985, et encore actif aujourd’hui ; parmi les membres de ce groupe présents lors de l’enregistrement de l’album The Well, qui contient cette chanson, on peut citer Alicia Svigals au violon, David Licht à la batterie, Matt Darriau à la clarinette, Lorin Sklamberg au piano et à la guitare, Frank London à la trompette. Ce sont eux qui ont conçu les arrangements de The Well, et Chava s’est déplacée à New York pour l’enregistrement.

La seule chose à faire maintenant est de vous donner ma traduction du poème d’Heller* :

« Ma sœur Khaye, ses yeux étaient verts,

Ma sœur Khaye, ses nattes étaient noires,

Sœur Khaye, c’est elle qui m’a élevé

Dans la maison de la rue Smothshe

Avec ses marches délabrées.

Mère quittait la maison à l’aube

Quand le ciel s’illuminait à peine.

Elle partait à la boutique, pour gagner

Une maudite pièce d’un zloty.

Et Khaye restait avec les garçons,

Elle les nourrissait et les surveillait.

Et dans la soirée, quand les petits étaient fatigués

Elle leur chanterait de jolies chansons.

Ma sœur Khaye, ses yeux étaient verts,

Ma sœur Khaye, ses cheveux étaient longs,

Sœur Khaye, c’est elle qui m’a élevé,

Elle n’avait même pas dix ans.

Elle nettoyait et cuisinait et servait la nourriture,

Elle lavait nos petites têtes,

Elle oubliait simplement de jouer avec nous,

Sœur Khaye, ses nattes étaient noires.

Ma sœur Khaye, avec le vert de ses yeux

A été brûlée par un Allemand à Treblinka.

Et je suis dans cet État juif

Le dernier à l’avoir connue.

C’est pour elle que j’écris mes poèmes en yiddish

Dans ces jours terribles de nos vies.

Pour Dieu Lui-même, c’est une fille unique,

Elle est assise au Ciel, près de Sa main droite. »

 

Après ça, il vous reste deux choses à faire, et je vous avoue que je les ai faites en même temps.

Écouter cette chanson, merveilleuse, extraordinaire, chantée par l’une des plus grandes chanteuses israéliennes, mais je préfère dire par l’une des plus grandes chanteuses de notre époque.

Pleurer.

*à partir de la version anglaise, car je ne sais pas le yiddish.

OldClaude

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OldClaude

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