“America”, tout le monde le sait, a été composé par Leonard Bernstein pour la comédie musicale West Side Story.

À cette époque, The Nice était un petit groupe qui accompagnait la chanteuse soul P P Arnold, mais qui avait également une certaine latitude pour présenter ses propres compositions sur des scènes adjacentes. Le groupe comprenait Lee Jackson (basse), Brian Davison (batterie), David O’List (guitare), et, bien entendu, le flamboyant Keith Emerson aux claviers, lequel avait décidé de traiter son orgue Hammond L-100, un peu de la même façon dont Jimi Hendrix traitait ses guitares ; il jouait debout, secouait son instrument dans tous les sens, sans oublier les dagues que lui fournissait son roadie, un certain Lemmy*, lequel avait une assez belle collection de souvenirs hitlériens.

The Nice avait l’habitude des reprises ─ que l’on pense simplement à leur “Rondo” qui reprend un air du jazzman Dave Brubeck ─ et c’est l’assassinat de Robert Kennedy qui leur donna l’idée de faire du petit air de Bernstein un brûlot anti-américain, provocateur et sauvage (une protest-song instrumentale disait Keith), lequel, scandale aidant, fut choisi comme single par le groupe. Le scandale eut lieu au Royal Albert Hall de Londres, et en présence de l’ambassadeur des États-Unis, lorsque Keith Emerson enflamma le drapeau américain à la fin d'”America”.

L’enregistrement se fit aux Studios Olympic de Londres, et c’est une phrase tirée de “Dawn” ─ un morceau de leur premier album, The Thoughts Of Emerlist Davjack ─ que le groupe demande au jeune fils de P P Arnold, âgé de 3 ans, de prononcer pour conclure “America” (« America is pregnant with promises and anticipation, but is murdered by the hand of the inevitable »). On peut peut-être faire la fine bouche à l’évocation d’une bonne partie de l’œuvre ultérieure de Keith Emerson, quand il s’associa avec Greg Lake et Carl Palmer, mais je n’ai pas peur de dire que The Nice ─ en particulier en quatuor, avant le départ de David O’List, dont le chorus de guitare au milieu d'”America” est l’une des plus belles choses jamais enregistrées ─ était un groupe absolument extraordinaire, et que leurs deux premiers albums**figurent parmi les joyaux de ma discothèque.

*Qui d’autre que Lemmy K. ? (1945-2015)

**Le second se nomme Ars Longa Vita Brevis.

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