Au moment d’enregistrer leur 3ème album, « Parsley, Sage, Rosemary And Thyme », les choses avaient beaucoup changé pour Paul Simon et Art Garfunkel pour la simple et bonne raison qu’ils avaient eu un « hit ». Plus de temps, plus d’argent, plus de réflexion, en amont, ça donne un vrai album, et non pas seulement quelques bonnes chansons avec du remplissage, à côté.

Cependant tout le monde s’accorde à dire que le joyau de cet album, c’est « Scarborough Fair », qui, évidemment, n’est pas une composition de Paul Simon.

Ce dernier, lorsqu’il était en Angleterre, avait eu connaissance de la version enregistrée en 1965 par Martin Carthy, mais il faut savoir que l’origine de « Scarborough Fair » se perd dans la nuit des temps, sans doute sous la forme d’une ballade écossaise médiévale. Celle-ci est entrée dans le patrimoine anglais au XVIIème siècle, et la chanson est restée très populaire jusqu’au XIXème siècle.

Pour en revenir à Martin Carthy, celui-ci en a beaucoup voulu au duo américain de lui « emprunter » purement et simplement les arrangements de la chanson, sans le signaler d’aucune façon sur la pochette de leur disque. Le contentieux se règlera, comme d’habitude, avec de l’argent, et avec l’invitation de Paul Simon à Martin Carthy de venir chanter « Scarborough Fair », sur scène, avec lui, lors d’un concert à Londres.

La chanson est une dentelle diaphane, portée par la voix d’Artie, et les arpèges d’une guitare. Au moment même où je me demande pour quelle raison on a dit que « Scarborough Fair » était une chanson psychédélique, arrivent un xylophone, puis un clavecin, la basse, puis la voix de P. Simon ; ça se complique à chaque seconde, les harmonies vocales se tarabiscotent. La dentelle diaphane s’est transformée en une mousse légère. Le goût exquis de nos deux artistes fait que cette richesse instrumentale ne donne aucune impression de lourdeur, et c’est, bien sûr, ce qui en fait la qualité. Grâce à Simon et Garfunkel, cette chanson venue du fond des âges continuera à enchanter des générations d’auditeurs.

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*Voir ma chronique de « The Sounds Of Silence« 

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