Rien ne peut me mettre plus en colère que lorsque j’entends, à propos de Procol Harum, «Ah, oui, A Whiter Shade Of Pale !». C’est comme si on disait, pour les Rolling Stones «Ah, oui, Satisfaction !», manière, pour moi, d’insister sur le fait que les deux groupes ont une importance musicale équivalente ─ je n’ai pas mentionné l’importance commerciale ou médiatique ─ et que l’absurdité est la même dans les deux cas.

En tout cas, cette chanson-titre du chef-d’œuvre qu’est Shine On Brightly, le deuxième album du groupe, s’impose par sa magnificence. Composée par Gary Brooker sur des paroles de Keith Reid, avec, comme précédemment, Denny Cordell à la production, chacun des musiciens brille par son excellence.

Le chorus de guitare de Robin Trower, sur deux notes, est d’une imparable intelligence ; la basse de Dave Knights joue un contrepoint qui va mettre encore plus en valeur les claviers, le piano de Brooker, et surtout l’orgue de Matthew Fisher, lequel se souvient bien de « A Whiter Shade Of Pale ». Et comment passer sous silence l’incroyable B. J. Wilson que je considère comme l’un des meilleurs batteurs de cette époque ? Quant à Gary Brooker, son timbre, la qualité de son chant le placent également parmi les plus grands.

« Shine On Brightly » fait partie de ces chansons sur lesquelles le temps n’a aucune prise, que je réécoute aujourd’hui aussi admiratif et bouleversé qu’il y a 50 ans.

Et sachez que tout l’album mériterait des louanges sans fin, puisque, comme je l’écrivais déjà en septembre 2016, aucun groupe de cette époque ne peut se vanter d’avoir aligné ses cinq premiers albums qui sont autant de chefs-d’œuvre. Vous savez ce qu’il vous reste à faire, les acheter tous les cinq.

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