Un Everest. Je veux dire que pour la première fois, dans mes petites chroniques (mais ce n’est sans doute pas la dernière), ça va être difficile, et je ne suis pas certain d’arriver au sommet. 11 minutes et 38 secondes pour cette œuvre qui ouvre le All Delighted People EP (un EP qui dure 1 heure, excusez du peu !), et qui sera suivi, 53 jours plus tard, par la sortie de The Age Of Adz, qui nous confrontera à d’autres sommets, mais c’est une autre histoire.
Je ne sais pas dans quelle catégorie musicale je peux classer ça ; du folk liturgique ? du rock apocalyptique ? de la pop simonienne (obédience Paul Simon, pour des raisons que je vous expliquerai plus tard) ?
Un petit détour, pour un aveu : le XXème siècle a vu émerger quelques génies musicaux qui ont contribué à construire et enrichir la musique que nous aimons ; en général, on s’entend sur les noms de Dylan, Hendrix, Lennon, et vous ajoutez qui vous voulez. J’affirme la chose suivante : le seul génie musical à avoir construit une œuvre digne de celle des Grands Anciens, au XXIème siècle, s’appelle Sufjan Stevens. On ne pourra pas dire que je ne m’engage pas !
Donc, vous qui ne connaissez pas encore All Delighted People (ce titre !!), n’écoutez pas ça à la radio, ou dans votre voiture, ou en lisant un magazine, ou en faisant le ménage, parce qu’un oratorio, ça ne s’écoute pas de cette façon-là.
Là, j’ai écrit un mot qui ne cadre pas avec le registre de la musique populaire. J’ai regardé dans le dictionnaire et j’ai vu qu’un oratorio est une œuvre à caractère religieux, pour voix soliste, chœur et orchestre symphonique. Bingo !
Donc, ça commence, le chœur angélique, et la voix de Sufjan. Il faut que je vous dise : Sufjan n’a pas du tout, mais alors, pas du tout, une voix à chanter de l’opéra. Dans une émission de télévision comme “The Voice”, il serait viré tout de suite. Mais Sufjan a une voix adorable, étranglée, limitée, une voix qui respecte celle des anges qui chantent divinement, derrière, parce qu’il ne peut pas lutter avec ces voix-là, lui qui a une voix si imparfaite, si humaine.
Et puis arrivent la batterie, les cuivres, l’électronique, les cordes, mais, curieusement, on reste dans le domaine de la liturgie, de l’oratorio, en fait. Jamais un orchestre symphonique n’a sonné de cette façon-là, mais je continue à croire fermement qu’il s’agit d’un orchestre symphonique. Quel autre type d’orchestre pourrait nous emmener sur ces hauteurs, nous faire visiter ces vallées (vers la 7ème minute, quand les choses se calment un peu), puis nous faire remonter en suivant la Lumière ? Ah ! ça y est, OldClaude nous fait une crise mystique ! Pas du tout ! Mais pour ceux qui ne le savent pas, Sufjan Stevens est un fervent Chrétien Episcopalien, et All Delighted People est une vision de l’Apocalypse (oratorio !). Lisez les paroles, comme je l’ai fait (j’ai quand même pas tout compris, mes connaissances en christianisme sont limitées), et regardez comment le Chrétien S. Stevens va chercher des mots et des images chez le Juif Paul Simon, plus exactement dans “The Sound Of Silence” : “And the people bowed and prayed”, les mêmes mots dans les 2 oeuvres. “Hello darkness, my old friend”, également. Je laisse les exégètes faire leur travail et réfléchir sur la signification de ces “rencontres”, mais D.ieu, que c’est beau !

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