Fever Ray est le nom sous lequel la Suédoise Karin Elisabeth Dreijer a sorti un unique album, en 2009, lequel m’a beaucoup intéressé.

Mais Karin est encore plus connue pour être la moitié du duo électronique The Knife, qu’elle a formé avec son frère, Olof Dreijer en 1994, et qui s’est dissous en 2014. Vous vous doutez que ma connaissance de The Knife est assez superficielle car la musique électronique n’est pas mon domaine de prédilection, mais il se trouve que José González a repris un titre de The Knife pour son album Veneer, « Heartbeats »*, et la version de ce titre par leurs créateurs est très intéressante.

Mais Fever Ray est beaucoup plus sombre et original que The Knife, sans doute grâce à l’option prise par Karin de modifier électroniquement sa voix. Et contrairement à ce qu’on pourrait attendre, il ne s’agit aucunement de la magnifier, de la rendre plus parfaite ou plus juste, mais, bien au contraire de la distordre, de l’enlaidir, de la déshumaniser, de faire en sorte qu’elle suscite l’effroi ou le dégoût, sans oublier le fait que cette voix est clairement masculinisée.

Je présume que beaucoup de mes lecteurs et lectrices détesteront ces options anti-esthétiques, mais Fever Ray construit, avec sa musique, des ambiances qui ne ressemblent à aucune autre, que je trouve étranges et fascinantes, suscitant en moi un peu la même impression que celle que je peux avoir en visionnant un (bon) film d’horreur. C’est l’occasion, peut-être, de rappeler que l’une des fonctions d’un artiste est de créer de toutes pièces un ou des monde(s) nouveau(x), et de nous inviter à les explorer, voire à s’y perdre. Karin E. Dreijer répond parfaitement à ce critère et « Concrete Walls » est l’une des chansons les plus impressionnantes de cette année-là.

*Voir ma chronique qui porte ce titre.

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