Je ne me souviens pas très bien de la première fois où j’ai vu les Talking Heads en concert, au Palace, le 10 juillet 1979 ; mais je me demande si les B 52’s, en première partie, ne leur avaient pas volé la vedette. En revanche, je me souviens bien de la seconde fois, le concert du 3 décembre 1980, au théâtre Mogador ; une véritable folie avait saisi l’ensemble de la salle et, pour vous donner une idée, ça ressemblait un peu à ce que vous pouvez voir dans le documentaire Stop Making Sense. (Jonathan Demme-1984) « Psycho Killer » pour commencer, « Once In A Lifetime » au milieu, « Born Under Punches », et « Life During Wartime » avant les 2 rappels. David Byrne, Tina Weymouth, Jerry Harrison et Chris Frantz étaient secondés par quelques musiciens funk qui faisaient sérieusement monter la température.

C’est dans leur troisième album, l’indispensable Fear Of Music, qu’on trouve ce brûlot, qui sous couvert de décrire la vie en temps de guerre, ne fait que raconter ce que David Byrne voyait autour de lui dans le quartier d’Alphabet City, à New York, où il habitait alors.

La musique, avec son rythme implacable donne une envie irrésistible de bouger, mais en même temps, elle n’a pas cette souplesse, cette chaleur qu’on pouvait trouver à la même époque dans la musique de Chic, par exemple. Il y a une raideur, quelque chose d’un peu robotique*et contrôlé qui rend cette musique unique. Mais attention ! Ce que je viens d’écrire n’est nullement une critique, il s’agit plutôt d’une subtile inflexion des codes de la musique funk, comme si Talking Heads voulait nous dire que dans la mesure où nous abordons des temps paranoïaques, il convient que la musique le devienne aussi. Si vous regardez le clip de « Life During Wartime » à la lumière de ce que je viens d’écrire, j’ai l’impression que prend sens, de cette façon, la chorégraphie assez dingue dont nous régalent David et tous les musiciens.

Au-delà de l’actualité et de la modernité de cette musique, qui a, ne l’oubliez pas, 40 ans d’âge, il y a l’intelligence et la cohérence de la vision de ce groupe dont toute l’œuvre annonce des lendemains qui ne chantent pas.

*Je ne serais pas étonné que ces Américains aient beaucoup écouté Kraftwerk.

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