Si vous ne devez posséder qu’un seul album de Prince, c’est bien sûr ce neuvième (double)-album studio qu’il faut avoir dans sa discothèque, Sign O’ The Times, sommet de l’œuvre, et, on peut le dire, du génie de cet artiste unique, inégal, parfois décevant, mais n’hésitant jamais à tout remettre en question à chaque étape de sa carrière. Pour faire bonne mesure, il faut y ajouter le DVD d’un concert de la tournée Sign O’ The Times, l’un des rares témoignages musicaux filmés absolument indispensables*.

En 1987, Prince avait abandonné trois projets musicaux, s’était séparé de son groupe, The Revolution, et en particulier de Wendy et Lisa, et avait annoncé à Warner Bros qu’il voulait mettre un triple-album sur le marché. Refus de la maison de disques, en particulier parce que les albums précédents, depuis Purple Rain, n’avaient pas connu des ventes fracassantes.

Sur ce double-album, on peut dire qu’à part les instruments à vent, Prince fait tout, et ça commence très fort avec ce morceau éponyme, “Sign O’ The Times”, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il ne caresse pas dans le sens du poil.

D’abord avec les paroles, constat glacial de la dureté des temps : le SIDA, la drogue, les gangs, les armes à feu, le meurtre de masse, rien ne nous est épargné. Tout ça est servi par un rythme implacable fabriqué par les machines utilisées par Prince : le Fairlight et la LinnDrum ; tout juste si on y entend un peu de guitare… Sa voix, sauf dans les refrains, cultive cette inexpressivité inquiétante.

Ce funk robotique est en même temps une invitation à danser d’une efficacité inouïe, pour laquelle l’expression “danser sur un volcan” semble avoir été inventée.

“Sign O’ The Times” est le parfait résumé de la fin des années 80, mais, sans vouloir afficher un pessimisme outrancier, 30 ans plus tard, c’est encore pire…

*Je garde un souvenir ému de son concert du 10 juillet 1988, à Bercy !

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