Stephen Stills avait ces quatre fragments de chansons. Sa relation tumultueuse avec Judy Collins arrivait à son terme, et c’était Judy qui s’éloignait, ce qui le faisait souffrir. Il alla même jusqu’à venir dans la chambre d’hôtel que Collins occupait, pour lui chanter sa chanson, mais la chanteuse aux yeux bleus ne modifia pas sa décision.

Lorsque vint le temps pour le nouveau groupe qu’il venait de former avec David Crosby et Graham Nash d’élaborer leur premier album, Crosby, Stills & Nash, c’est, tout naturellement, « Suite : Judy Blue Eyes » qui fut choisie pour ouvrir l’album, et c’est cette même chanson qu’ils interprétèrent au début de leur célèbre prestation au Festival de Woodstock, le 17 août 1969. C’était leur deuxième concert, ensemble, et Graham et David n’y sont pas tout le temps d’une justesse absolue, mais Stephen et sa guitare tiennent l’ensemble d’une poigne de fer et emportent le morceau.

Mais sur l’album, c’est parfait. Stephen fait tout, le chant principal, bien sûr, mais également les percussions, la guitare et la basse, laissant seulement la batterie à Dallas Taylor. Les trois chanteurs s’harmonisent parfaitement, faisant de « Suite: Judy Blue Eyes » l’un des hymnes inoubliables de cette génération. La quatrième et dernière partie de la chanson est en Espagnol, évoque Cuba, et n’a pas grand-chose à voir avec les yeux de Judy, mais ce n’est pas grave car l’intégration des quatre parties est réussie. Le « single » n’avait cependant pas eu le succès escompté, faute sans doute à une durée dépassant largement les 7 minutes.

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