En 1979, l’évolution de la musique pop était loin de me donner toute satisfaction. Il faut dire que je n’étais plus, depuis longtemps, un teenager, et, même si j’avais été intéressé par la vague punk britannique, et surtout, américaine, elle me semblait tourner en rond. Le London Calling de Clash m’apparaissait surestimé, The Wall de Pink Floyd ne m’intéressait pas, l’austérité de Unknown Pleasures de Joy Division finissait par rebuter ; heureusement il y avait Fear Of Music des Talking Heads, Reggatta De Blanc de The Police (eh oui !), le premier album des B-52’s, celui de Joe Jackson, et, bien sûr, Drums & Wires de XTC.

Mais il y avait également une sorte d' »objet sonore non identifié », puisqu’il ressuscitait des sonorités oubliées depuis longtemps, ma première rencontre avec ce que je ne savais pas encore nommer « powerpop », le premier album d’un quatuor anglais dont je n’avais, jusque là, jamais entendu parler, The Records.

Ce 33-tours, Shades In Bed*, ─ on ne disait pas vinyle, à l’époque ─ est peut-être celui qui a tourné le plus souvent sur ma platine, cette année-là, et c’est la raison pour laquelle je vais m’y attarder un peu.

The Records, c’était donc Will Birch à la batterie, Phil Brown à la basse, Huw Gower à la guitare, les trois hommes assurant des harmonies vocales autour de la voix du leader, John Wicks**, également guitariste rythmique.

Shades In Bed, c’était les 10 premières chansons de ce cd de 2002 que j’évoque dans ma note de bas de page. Il n’y a aucun « déchet » dans ces dix chansons emmenées par le mini-tube qu’a été « Starry Eyes »***, et je vous invite, en particulier, à écouter ce « Affection Rejected » signée par Birch, Wicks et Gower, produite par Robert John « Mutt » Lange. On y retrouve ces guitares carillonnantes héritées des Byrds et des Beatles (période « A Hard Day’s Night »), les harmonies vocales chères aux Beach Boys ; mais on entend également des guitares qui sonnent de façon plus incisive que lors de ce que l’on nomme habituellement la première période du « powerpop » (Big Star, par exemple), preuve que les Who, et surtout le punk, sont passés par là. En tout cas, je prétends que 40 ans plus tard, ce disque est toujours aussi actuel, pas simplement grâce à un son qui est à peine daté, mais du fait de ce qui donne à une chanson une étiquette d’éternité, c’est-à-dire une mélodie imparable et qui nous fait entrevoir la perfection.

*Aux USA, le disque est sorti sous le nom The Records, avec 2 ou 3 titres et un ordre des morceaux différent. La seule solution est de faire comme moi et d’acheter le cd 20-titres paru en 2002.

**John, qui était resté musicalement actif jusqu’à cette année, est mort le 7 octobre 2018.

*** dont je vous dirai quelques mots dans une chronique ultérieure.

Print Friendly, PDF & Email