Ce titre vient conclure le quatrième album de Fairport Convention, Liege & Lief*. Avant Liege & Lief, il y avait Unhalfbricking, et, entre les deux le terrible accident de la route du van du groupe (12 mai 1969) qui coûta la vie au batteur, Martin Lamble, et à la petite amie de Richard Thompson, Jeannie Franklyn**.

Le groupe qui enregistra Liege & Lief, sous la direction du producteur Joe Boyd, comprenait donc les guitaristes Simon Nicol et Richard Thompson, le violoniste Dave Swarbrick, le nouveau batteur Dave Mattacks, le bassiste Ashley Hutchings, qui allait quitter le groupe après l’enregistrement, pour aller fonder Steeleye Span, et la chanteuse Sandy Denny***, qui allait, elle aussi, partir rapidement pour créer Fotheringay.

Quand il fut mis sur le marché, Liege & Lief fut fraîchement accueilli par la critique, et son succès commercial fut au diapason. Et pourtant, aujourd’hui, cet album est couvert d’honneurs, classé parmi les « 100 albums qui ont changé le monde », etc.

J’ai réécouté tout le disque, et il faut bien avouer qu’il est un peu inégal ; à côté de chansons géniales (dont « Crazy Man Michael »), d’autres titres sont un peu faibles… Mais la question n’est pas là. L’importance de Liege & Lief vient du fait que pour la toute première fois, on assiste au mariage (réussi) du rock (ou, disons, d’une instrumentation électrique venue du rock) avec les vieux airs du folk britannique (ou avec des chansons nouvelles écrites sur le modèle de ces vieux airs), c’est-à-dire la création du folk-rock.

Bien sûr, cher(e)s ami(e)s, vous êtes érudits, puisque vous me lisez déjà depuis un certain temps, et vous ne manquez pas de me faire remarquer qu’aux États-Unis, un groupe comme les Byrds avait déjà réalisé ce mariage. En effet, mais écoutez ces deux groupes, ça n’a strictement rien à voir, pour la simple raison que le folklore américain et celui des Îles Britanniques sont très différents, le premier se nourrissant des multiples apports (parmi lesquels la racine anglo-saxonne a tout de même la primauté) de générations d’immigrants, mais aussi des esclaves africains et des peuples amérindiens.

« Crazy Man Michael » est donc l’une de ces chansons « à la manière des vieux airs celtiques », écrite par Thompson et Swarbrick, où domine le violon de Swarbrick, divinement chanté par Sandy. Les paroles ont été écrites par Richard, sur son lit d’hôpital, après l’accident du van, et la chanson est remplie du souvenir de Jeannie et de la culpabilité de Richard****. Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un qui puisse la chanter mieux que Sandy Denny, mais j’adore, évidemment, la façon dont Richard Thompson l’a reprise. Et j’accorderais un accessit tout à fait mérité à Nathalie Merchant sur son disque The House Carpenter’s Daughter.

*Deux mots d’Anglais antérieurs au XVème siècle, signifiant respectivement « loyal » et « prêt ».

**Jeannie s’occupait des costumes d’un certain nombre de groupes de rock, et c’est en son honneur que fut ainsi nommé le Songs For A Tailor de Jack Bruce.

***Voir mes chroniques à son sujet.

**** «Your true love will die by your own right hand»

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