Ceci est la huitième chronique que je consacre à Joan Armatrading ! J’aborde, en effet, aujourd’hui, avec “Warm Love”, son quatrième album, justement titré, Show Some Emotion, produit par Glyn Johns.

Dans une chronique antérieure, je vous avais précisé que je vous entretiendrai uniquement des premières années de la carrière de Joan, car, au fur et à mesure, elle s’était rapproché d’une “musique de variétés” qui ne m’intéressait absolument pas. Ce “Warm Love” représente sans doute l’une des premières incursions de Joan sur ce terrain glissant.

Et pourtant, sur des paroles à faire hurler les féministes de ce siècle, se déploie une mélodie absolument somptueuse, qu’elle chante, évidemment, superbement. Alors, qu’est-ce qui cloche ? Réponse : la production et les arrangements. Oui, je sais, on est en 1977, dans un temps où l’ordinateur n’était absolument pas associé à la musique, mais si on se rapporte aux trois premiers albums, qui sont tous de très haute tenue, il y a une gradation progressive et inéluctable de la sécheresse folk de Whatever’s For Us, vers la sophistication et la richesse orchestrale de Joan Armatrading, en passant par l’album de transition qu’est Back To The Night. L’effort pour polir, “civiliser”, arrondir les angles, rogner les griffes, certains diraient “blanchir”, la musique de cette jeune femme d’origine caribéenne est constant, et s’affirme vraiment dans Show Some Emotion. Il s’agit de “vendre” Mademoiselle Armatrading à un public britannique, blanc et populaire, il s’agit de diluer sa négritude, comme dirait Senghor, dans ce qu’il y a de plus occidental, de plus consensuel, acceptable, connu, joli : ces violons omniprésents, correctement arrangés par Brian Rogers, et qui dégoulinent sur cette chanson comme du chocolat chaud sur des profiteroles.

L’aseptisation de Joan Armatrading avait commencé, et elle se poursuivra, malheureusement, sans toutefois abolir complètement l’incroyable talent mélodique de Joan, qui a bien mérité que l’on souligne de cette façon son apport essentiel à la musique de ce dernier quart du XXème siècle.

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