Une fois de plus, je vais me cacher derrière une (splendide) chanson, “Silver Raven” au lieu de vous parler de ce qui devrait être l’objet de cette chronique, l’album No Other, lequel devrait faire partie de toute discothèque.

Oh, ne vous méprenez pas, No Other ne fait partie de la mienne que depuis la sortie du cd, en 2003, car en 1974, ce disque n’a eu aucun succès, et a d’ailleurs été retiré du catalogue 2 ans plus tard.

Il est vrai aussi que je n’arrête pas de vous parler de Gene Clark, puisqu’il paraît que je n’arrête pas de vous parler des Byrds. Et Gene était le compositeur des Byrds jusqu’à son départ du groupe, fin 1966. C’est lui qui a signé “I’ll Feel A Whole Lot Better” et “Eight Miles High”*, parmi d’autres splendeurs. Mais Gene, le beau gosse du groupe,  avait peur de prendre l’avion et Crosby prétendait qu’il ne savait pas jouer de guitare (pure jalousie ; désolé, David, Gene composait mieux que toi et chantait aussi mieux que toi). Trois génies dans un groupe, c’est probablement un de trop. Bye-bye, Gene ! Notre homme se met à écrire et sortir des albums qui sont autant d’échecs commerciaux ; il participe même à la reformation des Byrds, en 1973, qui fait long feu ; et puis, évidemment, l’alcool et les drogues sont entrés dans sa vie depuis longtemps et contribuent à le rendre ingérable.

Mais cette année-là, il rencontre sa femme, se marie, a deux enfants, achète une petite baraque, face au Pacifique, à Mendocino (Ca), et c’est libéré des toxiques qu’il compose ce qui allait devenir No Other, son quatrième album solo.

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David Geffen, qui vient de fonder Asylum Records décide de lui redonner une chance. Gene loue les services de Thomas Jefferson Kaye, producteur, et embarque dans le studio de Los Angeles la crème des musiciens de la ville (le bassiste Lee Sklar, Danny Kootch à la guitare, Jesse Ed Davis, les choristes Claudia Linnear, Clydie King, j’en passe) et tout ça va coûter beaucoup d’argent.

Le résultat va déclencher la fureur de Geffen : potentiel commercial nul, lui qui espérait refaire le coup des Eagles, avec Clark. Pour la peine, (presque) pas un sou pour la promo ! Et de toutes façons, Gene, qui avait recommencé à goûter à la cocaïne, à Los Angeles, n’était pas disposé à reprendre la route pour faire la promotion de son album.

Il est vrai que l’album est un objet inclassable dans cette Californie béate de soleil et de drogues du milieu des 70’s. Les chansons sont sombres, désespérées ; la production est parfois pesante, voire extravagante, comme si Brian Wilson était entré dans le corps de T. J. Kaye, ce qui signifie que l’adjectif génial peut aussi être employé, avec ces chœurs gospel rajoutés systématiquement par Kaye, dans chaque chanson**. Mais les chansons sont d’une beauté suprême, et je ne savais vraiment pas laquelle j’allais choisir pour illustrer cet album, c’est vous dire.

“Silver Raven” est donc une de ces balades dont Gene Clark avait le secret, hantée, dépressive, inoubliable, et malheureusement oubliée par la plupart.

Cet échec fut le début de la longue descente aux enfers de Gene Clark qui se termina brutalement le 24 mai 1991, en Californie. Il avait 46 ans.

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*Voir ma chronique de ce titre.

**C’est la raison pour laquelle l’achat obligatoire de ce cd vous permettra de bénéficier de 7 titres supplémentaires, composés de versions alternatives, le plus souvent débarrassées de ces chœurs un peu lourds. C’est l’une de ces versions alternatives que vous entendrez dans le clip ci-joint.

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