On comprend un peu ce qui a poussé Sufjan Stevens à s’intéresser au destin singulier de Tonya Harding, grande championne américaine de patinage artistique, la première à réussir un triple axel en compétition, et dont le petit ami de l’époque, Jeff Gillooly avait payé un malfrat pour blesser aux jambes la grande rivale de Tonya, Nancy Kerrigan. Harding fut exclue à vie de la Fédération de Patinage Artistique pour n’avoir pas dénoncé les sombres projets de Gillooly, et Kerrigan obtint, par la suite, une médaille d’argent aux Jeux Olympiques.

Il existe deux versions de la chanson qui diffèrent par leur tonalité ─ la version la plus courante, la plus orchestrée, est en Ré majeur, et la version en Mi bémol majeur est plus intimiste ─ et l’on pourra préférer l’une à l’autre, elles sont toutes les deux très réussies. Sufjan souhaitait que sa chanson soit choisie pour être intégrée à la biographie filmée de Tonya Harding, mais ce ne fut pas le cas. Sufjan nous avoue qu’il a beaucoup travaillé, et depuis longtemps, à l’écriture de cette chanson, alors que ce que nous entendons est une mélodie d’une évidence et d’une facilité limpides, un peu comme les arabesques que Harding dessinait sur la glace. Ce n’est pas la première fois que Sufjan s’intéresse (et, sans doute, s’identifie) à une personnalité trouble (voire criminelle) de l’histoire américaine*, mais il le fait toujours avec une délicatesse et une empathie qui forcent mon admiration.

*Voir ma chronique « John Wayne Gacy, Jr ».

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