Certains pensent qu’il s’agit de la plus belle chanson d’Elliott Smith. Dès l’entrée, la batterie qui tape ce rythme en 3/4 nous apprend qu’il s’agit d’une valse. Si cette danse évoque pour vous les flonflons autrichiens et la vie facile, vous faites fausse route. Car c’est l’enfance dramatique d’Elliott qui se déroule sous vos yeux, dans cette chanson.

Donc la batterie, les accords en mineur de la guitare, le piano, la basse… Pour cet album, XO*, Elliott a eu beaucoup plus de moyens que pour ses albums précédents et en a profité pour explorer d’autres voies que celles du folk.

La première scène est très précise**, et se passe dans un karaoké, au Texas, là où Elliott a passé son enfance. Derrière le micro, fumant une cigarette, il y a sa mère, Bunny, qui chante une chanson des Everly Brothers, « Cathy’s Clown ». À côté d’elle, il y a le beau-père abusif et détesté, Charlie. L’alcool aidant, sans doute, Elliott voit sa mère comme une « poupée chinoise morte », inexpressive et inaffective. Après le sens devient plus flou, mais on comprend que Charlie chante la chanson de Linda Ronstadt, « You’re No Good », titre qu’Elliott répète en le retournant avec colère contre son beau-père, « You’re no good, you’re no good, you’re no good ».

Tout ça est loin, Elliott a fui sa famille dysfonctionnelle , mais, comme il le chante à plusieurs reprises, en s’adressant à Bunny, « I’m never gonna know you now, but I’m gonna love you anyhow » « Je ne te connaîtrai plus jamais, maintenant, mais je t’aimerai de toutes façons » « XO, mom », c’est-à-dire, comme on l’écrit à la fin d’une lettre, « hugs and kisses », bisous, maman ; et je crois qu’il arrivait qu’Elliott, sur scène, remplace ces paroles par un « I love you, mom ».

C’est vous, c’est moi, qui allons murmurer maintenant, en nous adressant à Elliott Smith, disparu le 21 octobre 2003, « I’m never gonna know you now, but I’m gonna love you anyhow ».

*Voir « I Didn’t Understand ».

**J’ai emprunté un certain nombre d’éléments à la belle biographie d’Elliott Smith qu’on doit à la plume de William Todd Schultz.

Print Friendly, PDF & Email