L’importance de Nick Drake n’est plus à démontrer. Et même si je n’ai rien su de cette importance pendant sa courte vie*, les rééditions de ses trois albums anthumes, au cours des années 80, lui ont enfin permis d’occuper une place majestueuse dans le panorama musical.

« ‘Cello Song » est une chanson du premier album de Nick, Five Leaves Left, produit par Joe Boyd. Ce dernier a choisi d’enrober les chansons de Nick dans des arrangements de cordes que je ne trouve pas toujours du meilleur goût, mais Nick, alors étudiant à l’Université de Cambridge, n’avait pas les moyens de peser sur des options qu’il n’approuvait d’ailleurs pas. Cela dit, dans « ‘Cello Song », il n’y a que quatre musiciens, Nick et sa guitare, bien sûr, Rocki Dzidzornu aux congas, Danny Thompson à la contrebasse, et le violoncelle, évidemment, tenu par Claire Lowther.

On dit souvent que Nick Drake a été l’inventeur d’un langage musical unique, tant du point de vue mélodique, qu’harmonique ou rythmique. Ça ne vous apparaît peut-être pas évident, mais, sans même parler de son attention portée à la prosodie ou de son utilisation des « open chords » à la guitare, écoutez attentivement la façon dont « ‘Cello Song » semble « flotter », alors même que le rythme est un 4/4 très habituel. Comme vous le savez, les évènements musicaux décisifs d’une œuvre, dans ce domaine, sont plutôt calés sur le 1er temps de la mesure. Or, remarquez qu’au début, le riff de guitare ne commence que sur le 2ème temps, temps faible de la mesure ; ultérieurement il se replacera sur le 1er temps. Quant au violoncelle, c’est sur le 3ème temps qu’il commence.

Ce langage musical très élaboré a sans doute été l’une des raisons pour lesquelles les critiques de l’album ont été assez tièdes, et, qu’à la notable exception de John Peel**, les passages radio n’ont pas été nombreux.

Découvrir les chansons de Nick Drake est l’une des choses les plus bouleversantes qui soient. Faites l’expérience.

*En ce qui concerne mes chroniques, « Road » est tirée du 3ème et dernier album, « Clothes Of Sand », « Rider On The Wheel » et « Black Eyed Dog » figurent sur des compilations posthumes.

**c’est, en fin de compte, l’enregistrement de John Peel que j’ai privilégié, pour accompagner cette chronique.

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