Franchement, il fallait avoir une certaine obstination pour s’intéresser au rock n’roll pendant les 80’s ! La décennie était envahie par les synthétiseurs criards et les boîtes à rythmes robotiques, et suivre le sillon creusé par les Rolling Stones d’Exile On Main Street (1972) relevait du sacerdoce. Dire, à cette époque, qu’on aimait le Gun Club, les Fleshtones ou les Plimsouls (et, en plus, à l’âge que j’atteignais !) vous faisait passer pour un doux dingue. Pour ma défense, j’avouerais que je ne connaissais pas Green On Red, et que ce cd, Here Come The Snakes a atterri dans ma discothèque en 2005, lors de sa réédition ; c’est à partir de là que je me suis intéressé au groupe.

Green On Red s’est formé en 1979 à Tucson, dans l’Arizona, autour du chanteur et parolier Dan Stuart et tous les musiciens sont partis vers Los Angeles pour y chercher gloire et fortune. Je ne vais pas rentrer dans le détail de l’histoire du groupe, mais sachez que les nombreux musiciens qui gravitaient autour de Stuart ont rapidement été décimés par les substances toxiques qui abondaient dans cette Californie hédoniste. Bref, à l’époque de Here Come The Snakes, Green On Red était réduit à un duo, Stuart et le guitariste Chuck Prophet. Heureusement, la production était assurée par le tandem Joe Hardy-Jim Dickinson*, ce dernier ayant un peu raté l’album précédent mais faisant sur Here Come The Snakes un magnifique travail (un peu comme Jimmy Miller avec les Stones de la grande époque). En plus, le disque a été enregistré dans les studios Ardent, à Memphis, et ceux qui font le lien avec Big Star sont des vrais spécialistes** !

Le duo recruta un bassiste (René Coman) et les parties de batterie furent faites essentiellement sur machine, avec quelques ajouts par Dickinson. Et tout ça donne un grand disque, un disque de gens un peu fêlés, beaucoup cabossés, un disque fait par des musiciens qui vivent par et pour le rock n’roll, et qui ne cherchent pas à s’économiser ou à faire carrière en quoi que ce soit ; bref, une œuvre authentique comme il n’y en avait pas beaucoup en cette fin des 80’s.

« Change » vous donne une bonne idée de ce dont il s’agit : un superbe riff de guitare par Chuck, l’orgue de Jim, la basse et une batterie, probablement électronique, et Dan qui crache ses mots par-dessus tout ça. Green On Red s’est arrêté en 1993, et je ne sais pas ce que sont devenus tous ces gens, mais Here Come The Snakes reste l’un des albums les plus précieux de ma discothèque.

*Jim Dickinson (1941-2009) a produit des albums pour Big Star, The Replacements, Willy De Ville, a participé, comme musicien au Teenage Head (1971) des Flamin’ Groovies, au « Wild Horses » des Rolling Stones, etc.

**Third/Sister Lovers a été enregistré à Ardent et a plus d’un point commun avec Here Come The Snakes. Et devinez qui débarqua pendant l’enregistrement de ce dernier ? Alex Chilton !

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