Lorsque j’ai décidé de clôturer ce blog, je ne connaissais pas ce groupe anglais de Thurston-upon-Thames, et il m’a fallu attendre le décès de son leader, chanteur et compositeur, Tim Smith (3 juillet 1961-21 juillet 2020) pour m’apercevoir qu’un génie musical dont je n’avais jamais entendu parler (remarquez, je ne suis pas le seul) avait quitté ce monde. Il faut malheureusement ajouter que Tim Smith n’était plus très présent depuis quelques années, puisqu’en juin 2008, en sortant d’un concert de My Bloody Valentine, il fut frappé par un accident vasculaire cérébral, qui le laissa très diminué, dont la récupération fut très longue et incomplète, ce qui marqua donc la fin de Cardiacs.

Cardiacs s’est formé en 1977, année punk, s’il en fût, et une grande partie de l’« ADN musical » du groupe appartient à ce courant esthétique, l’autre racine étant, le croirez-vous, fermement fixée au rock progressif, dont, pourtant, toute la punkitude souhaitait la disparition ! Mais Tim Smith n’avait que faire des chapelles et des étiquettes, lui qui déclarait simplement jouer de la pop, et être influencé par la musique psychédélique.

Quand on ne connaît pas Cardiacs, on peut très bien aller à la rencontre de ses œuvres complètes, (2 cassettes de démos, 14 singles et EP, 4 compilations, 5 albums live et 9 albums studio, plus 2 DVD) et c’est ce que j’ai essayé de faire pour vous, avec l’enthousiasme du néophyte, mais on peut aussi bien se contenter de demander : « Quel est le meilleur album de Cardiacs ? », et là, tous les spécialistes répondent : « Le double album Sing To God ». C’est comme chez le médecin, c’est rassurant quand tout le monde est d’accord, sans compter qu’un certain nombre d’amateurs n’hésitent pas à proclamer que Sing To God est l’un des dix plus grands albums de tous les temps, et que « Dirty Boy » est bien placée dans le concours de « la plus grande chanson jamais écrite ».

Sing To God, paru en 1995, bénéficie, en effet, d’une production plus soignée que ce qu’on avait l’habitude d’entendre chez Cardiacs. C’est un double-album, enregistré en 1995, et paru l’année suivante, ayant ensuite bénéficié d’une réédition sous forme de 2 albums simples. Cardiacs est, à cette époque, un quatuor, car il faut savoir que le groupe a connu de multiples et incessants changements de musiciens. Mais, autour de Tim Smith (chant, guitare, claviers), il n’y a plus que son frère, Jim (basse, chant), le guitariste Jon Poole, et le batteur Bob Leith. D’autres musiciens (trompette, violon, quatuor à cordes) complètent l’instrumentation, ainsi que Sarah Smith au saxophone, ancienne membre de Cardiacs, et épouse de Tim.

« Dirty Boy » ouvre le 2ème album, et cette chanson, du haut de ses 9 minutes, est rien moins que renversante. Vue de loin, la chanson a l’aspect d’un hymne religieux, elle en a la grandeur, la solennité, l’élévation, avec cette suite d’accords qui grimpe d’une façon incessante, se jouant des changements de tonalité, sans qu’on puisse repérer exactement d’où elle vient et où elle va. Cela dit, vers la 10ème écoute, j’ai commencé à m’y retrouver dans ce labyrinthe, et je peux vous dire que le chemin qui mène vers le mot final (out) est d’une rigueur absolue, d’autant plus que ce « out » se poursuit par une note tenue par les chanteurs, et qui se prolonge pendant 3 minutes jusqu’à l’accord final !

Mais Tim écrit souvent suivant les règles modales, et l’apparente répétitivité mélodique est en fait d’une complexité inouïe dont la maîtrise n’est pas à la portée du premier venu ! Il vous faudra beaucoup de temps avant de pouvoir chantonner correctement « Dirty Boy » sous la douche… Cela n’a jamais empêché Cardiacs de reprendre « Dirty Boy » sur scène, et j’en profite pour vous dire que je connais peu de groupes dont les prestations scéniques se hissaient à ce niveau de qualité.

Je reviens sur le sens des paroles de « Dirty Boy », et je vous avais suggéré, ci-dessus, une sorte de pièce montée à caractère religieux, dont je vois qu’elle arrachait d’avance quelques bâillements à certains. En fait, pas du tout ; le thème de « Dirty Boy » est la branlette, ce qui est, vous l’avouerez, nettement plus sympathique.

Les œuvres complètes de Cardiacs sont téléchargeables sur Bandcamp, mais également, en partie sur Apple Music. Pas un seul titre disponible sur Spotify. Rien dans la presse française, y compris spécialisée, lors de la mort de Tim. Je rappelle simplement qu’il s’agissait de l’un des plus grands compositeurs européens du XXème siècle. Je ne comprendrai jamais rien au monde dans lequel je vis.

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