Une fois de plus, je me cite, à propos de Procol Harum : « Aucun groupe de cette époque, Stones et Beatles compris, n’a accompli le prodige de sortir cinq albums à la suite qui sont autant de chefs-d’œuvre. Aucun, à part Procol Harum »

A Salty Dog est donc le troisième album de PH, produit par Matthew Fisher, qui allait quitter le groupe peu après la sortie de l’album. Le bassiste Dave Knights allait faire de même peu de temps après. Quant au guitariste Robin Trower, il était clair que sa fixation sur Jimi Hendrix le faisait dangereusement s’éloigner des canons esthétiques promus par Brooker et Reid. Mais heureusement, B. J. Wilson, le batteur était fidèle au poste.

Je regarde les critiques qui ont accueilli la sortie de A Salty Dog ; elles sont plutôt positives, mais un peu moins laudatives que celles qui ont accompagné la sortie de Procol Harum ou de Shine On Brightly*. Et pourtant ! Quel éblouissement !

Du morceau-titre qui ouvre l’album**, jusqu’au 10ème et dernier titre, la qualité des compositions est exceptionnelle, avec une thématique essentiellement maritime, comme le rappelle avec humour l’illustration de pochette.

 Certes, on pourra objecter que la voix grandiose de Gary Brooker fait un peu pâlir les trois chansons chantées par Fisher (« Boredom », « Wreck Of The Hesperus », « Pilgrim’s Progress »), sans parler de celle chantée par Trower (« Crucifiction Lane »), mais on est tout de même sur des hauteurs que peu peuvent atteindre, avec une diversité d’approches qui vise à extraire le groupe de la niche spécialisée dans laquelle certains voulaient le confiner.

Mais je m’égare, tant il est vrai qu’en face d’un album de cette importance, j’ai tendance à l’envisager dans sa globalité. Au milieu de la seconde face***, donc, il y a cette composition de Gary Brooker et Keith Reid, « All This And More » dans laquelle se déploient le talent des musiciens, et d’abord de Keith Reid, le parolier, lequel, avec sa veine obscure et très axée sur la musique des mots, installe l’ambiance sombre et désespérée qui est sa marque de fabrique. Et, au-delà de la qualité inoubliable de cette mélodie, il y a ce que j’appellerais la fusion parfaite des deux grandes influences de PH, c’est à dire la grandeur classique représentée par Gary et son piano, et le blues âpre de Robin qui, s’il n’est pas un grand chanteur est certainement un guitariste de haute volée ! « All This And More » n’est sans doute pas la chanson la plus connue de Procol, mais c’est, pour moi, l’une des plus importantes.

*J’ai déjà, dans ce blog, évoqué les quatre autre albums majeurs de Procol Harum.

** »A Salty Dog » que j’ai longuement évoqué dans une chronique antérieure qui porte ce titre, dans la mesure où il s’agissait du premier single qui annonçait l’album.

***J’écris ça, puisqu’avec la mode du vinyle, les gens ont découvert qu’il y avait 2 faces sur un disque.

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