Là, le lecteur ou la lectrice dit : « OldClaude continue à nous faire partager ses obsessions pour quelques artistes relativement obscurs, et ignore superbement des gens autrement plus importants…» Oui, j’ai déjà répondu à cette objection. Pourquoi éclairer une fois de plus ceux qui n’ont pas besoin de lumière supplémentaire pour exister ? Il est tellement plus intéressant de révéler, de débusquer une beauté cachée. Et puis, si je voulais vraiment parler de tout ce que j’aime, ce n’est pas 1 000, mais 10 000 chansons qu’il faudrait évoquer pour remplir ce programme. Le temps me manque.

Ainsi, en 2005, après un silence de 5 ans, ce groupe emblématique des 90’s repartait dans le nouveau siècle avec une exigence et une maîtrise artistiques renouvelées, et laissait sur place les suiveurs et les copieurs. Pour la première fois de leur carrière, ils décidèrent d’aller enregistrer à Chicago, dans le studio de John McEntire (Tortoise). Ce dernier n’imposa pas lourdement sa patte de producteur sur ces enregistrements et respecta les choix assez traditionnels de TFC.

Et Norman Blake, d’emblée, avec la première chanson de ce Man-Made clouait tout le monde au sol avec “It’s All In My Mind”, chanson parfaite parce que réduite à une épure, une forme simple à laquelle il est impossible d’ajouter ou de retrancher quoi que ce soit. IAIMM est probablement l’exemple le plus abouti de ce que j’appellerais la “forme classique” de la pop-music, le plus haut point d’accomplissement des règles, méthodes et inspiration de nos grands anciens , ceux qui ont donné forme à cette musique au cours des années 60. TFC porte ce flambeau, cet héritage, avec plus de talent et d’inventivité que n’importe quel autre groupe actuel.

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Écoutez. La guitare électrique qui pose un accord, comme un bourdon immuable sur lequel la voix adolescente de notre quinquagénaire de Glasgow préféré déroule une mélodie bouleversante de simplicité et d’évidence ; la batterie métronomique de Francis McDonald, qui frappe ses toms avec la même légèreté ; la basse de Gerard qui se contente d’être là, rassurante et enveloppante ; la discrète guitare de Raymond. On avance dans la chanson, et le son s’enrichit, sans que rien ne s’impose brutalement : c’est Francis, qui passe sur sa caisse claire, ce sont les voix qui se doublent ou se triplent, McEntire, le producteur, qui rajoute un clavier, le chorus de Raymond. Rien n’a changé, mais tout est différent. Si ça n’est pas de la magie…

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