Je crois que c’est à propos du groupe londonien Tunng que l’on inventa cette nouvelle catégorie musicale : « folktronica » ; soit le mélange du folk, comme savent le faire les britanniques, et de sonorités électroniques. Vous me direz, ce n’est pas nouveau, et un certain nombre d’artistes évoluant dans le domaine folk ont su irriguer leurs instruments traditionnels avec des sons plus synthétiques. Cependant si vous écoutez bien ce troisième album de Tunng, Good Arrows, ce qui s’y passe n’est pas aussi simple à définir. J’y reviendrai, mais tout le disque est un peu particulier. D’abord, les titres de toutes les chansons ne comportent qu’un seul mot, et elles sont toutes créditées à l’ensemble du groupe ; s’y rajoute le plus souvent le nom du musicien qui en a fourni les éléments fondamentaux (Sam Genders, en ce qui concerne « Take »). Et puis, si l’on se penche un peu sur l’histoire du groupe, on s’aperçoit que Tunng, qui a commencé par un duo est devenu une sorte de collectif, puisqu’à l’époque de Good Arrows, le groupe comptait six membres (Mike Lindsay, guitares, Sam Genders, guitares et chant, Martin Smith, claviers, Phil Winter, basse, Ashley Bates, guitare espagnole, chant et Becky Jacobs, chant).

Donc, si on écoute bien « Take » (ainsi que le reste de l’album), on prend conscience que ce fameux « folktronica » est composé de beaucoup de folk, d’un peu d’électronique (pas beaucoup, en fait) et d’une multitude de sons qui appartiennent beaucoup plus au domaine des instruments-qui-n’en-sont-pas : clochettes, jouets musicaux, tuyaux divers, coquillages, mélodicas, percussions sur des supports variés, bref, du bricolage. Mais c’est justement ce bricolage qui fait toute l’originalité de Tunng, qui lui donne son humanité, son apparente naïveté, cette impression de candeur, d’enfance, en tout cas de gens qui ne se prennent pas au sérieux. Cela pourrait rester anecdotique s’il n’y avait un vrai travail de composition, une recherche mélodique bien aboutie. J’ai pu me rendre compte de la qualité de tout cet ensemble lors du concert que Tunng avait donné à Paris le 21 février 2008. Sam Genders avait quitté le groupe et les temps commençaient à être difficiles pour Tunng dont les disques suivants allaient être dispensables. Au moment où j’écris (août 2018) le prochain disque est annoncé et on parle d’une résurrection du groupe correspondant, semble-t-il au retour de Genders. Nous verrons bien.

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