OldClaude va encore nous parler de son plus-grand-musicien-du-siècle… Mais de quoi voudriez-vous que je vous parle ? Du dernier disque de Kendji Girac ?

On ne trouve « You Are The Blood » sur aucun disque de Sufjan Stevens, mais seulement sur une compilation de deux cd, éditée par le label Red Hot, dont tous les bénéfices sont allés à la recherche contre le SIDA, Dark Was The Night.

Ce sont les frères Dessner, Aaron et Bryce, membres du groupe The National qui se chargèrent de la production, ainsi que de réunir les artistes contributeurs, représentant la fine fleur du rock indépendant, et dont je vous ai, à ce titre, souvent entretenus, dans ce blog.

On y trouvait par exemple Arcade Fire, Andrew Bird, Bon Iver, The Decemberists, José González, Iron & Wine, The National, Yo La Tengo, de nombreux autres que je n’ai pas la place de tous citer, et, bien sûr, Sufjan Stevens.

Sufjan choisit de chanter une reprise, une chanson écrite par son camarade Raymond Raposa, leader du groupe Castanets, dont les disques sont également édités par Asthmatic Kitty Records, et sortie sur l’album Cathedral (2004). J’ai écouté cette version originale, plus qu’intéressante.

Mais Sufjan fait au moins aussi bien. Accompagné par Bryce Dessner à la guitare électrique, Aaron Dessner à la basse, David Cossin à la batterie, Ben Lanz aux trombones, Gabriel Kahane au piano, Shara Worden (My Brightest Diamond) aux chœurs, il fait « tout le reste », comme il est écrit.

Et il le fait dans une veine très intéressante. On est en 2009. Le précédent disque de Sufjan date de 2006, c’est The Avalanche, *et, à cette date on peut encore considérer que Sufjan Stevens est un artiste d’indie-folk. Mais après cela suivront deux disques qui représenteront une rupture stylistique radicale pour Sufjan, le EP All Delighted People**(2010) et surtout le très ésotérique The Age Of Adz, (2010) bourré d’électronique, chef-d’œuvre difficile et inégalé. ***

« You Are The Blood » est la matrice des deux disques que je viens d’évoquer, avec ses chœurs étranges, décalés, sa durée excédant les dix minutes, sa déstructuration progressive, ses ruptures rythmiques, au point qu’il est difficile de conserver à cette œuvre la dénomination de chanson. La cadence de piano de Kahane projette YATB vers la musique contemporaine, même s’il subsiste une trame mélodique robuste, dévolue aux trombones, en particulier. Certains, peu nombreux, je pense, ont « lâché » Sufjan Stevens à cette époque. Ceux qui ont accepté d’aller vers ces nouveaux territoires en ont été largement récompensés.

*Voir ma chronique de « Pittsfield ».

**Voir ma chronique qui porte ce titre.

***Voir « Vesuvius »

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