Je continue mon exploration de ce premier album éponyme d’Aldous Harding avec le second diamant noir du disque.*

Encore plus dépouillé, encore plus sombre ; Harding avec sa voix qui roule un peu les « r », sa guitare, quelques sons de flûte en arrière-plan.

On regarde le clip : un garçon qui fait du vélo dans la campagne néo-zélandaise déterre une casquette, un manteau, puis la fille (Aldous Harding) à qui appartiennent ces hardes. Ils s’embrassent. Il repart. Aldous Harding, maculée de terre, les cheveux en bataille, souriante, comme si tout cela était parfaitement normal, totalement perdue et absente ; mais souriante. Comme si la place habituelle de cet être humain étrange qu’est Aldous Harding était d’être sous la terre, avec les morts, et d’en sortir de temps à autre pour nous donner ses chansons.

On connaît beaucoup de chanteurs ou chanteuses, évoluant dans ce domaine de la folk-music, chez lesquels la tristesse, le désespoir, le côté sombre et implacable de la vie sont comme des secondes natures qu’il convient de labourer avec constance, pour s’en défaire et se réparer.

Aldous Harding n’y arrive pas. Elle a beau nous déposer ses chansons que nous recevons, en effet, comme un trésor enfoui que l’on vient de déterrer, elle-même ne parvient pas à combler la fêlure que l’on sent si vive et profonde en elle. J’écris ça après avoir regardé les multiples petites vidéos enregistrées dans le monde entier, qui documentent la tournée qu’elle a faite pour la promotion d’Aldous Harding. C’est le plus souvent magnifique, mais ça dégage, en même temps un sentiment très palpable de malaise et d’inconfort. Aldous Harding ne joue pas, ne triche pas. Ses chansons, au-delà de leur beauté, sont autant de signaux de détresse.

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*voir ma chronique de « Stop Your Tears ».

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