N’en déplaise à certains, l’album de Shearwater, Jet Plane And Oxbow, leur huitième en studio, si je compte bien, est sans doute l’une des œuvres les plus importantes de 2016.

On sait que le goût de Jonathan Meiburg le pousse à s’entourer de partenaires musicaux différents à chaque nouvelle entreprise, et outre une collaboration avec la chanteuse Jesca Hoop*, la personnalité importante de cet album est Brian Reitzell, batteur de Redd Kross, percussionniste, arrangeur, compositeur de musiques de films et co-producteur de l’album.

On pouvait donc s’attendre à un son bien plus rock, et on n’a pas été déçus, ce qui a fait dire aux quelques grincheux que j’évoquais en commençant, que Shearwater se banalisait, cherchait à faire de la musique « de stades », se laissait aller à la facilité et à la recherche de l’approbation du grand public, que sais-je encore.

C’est n’importe quoi. Tout en ayant décidé de consacrer plusieurs chroniques à cet album, je vais essayer d’éclairer ce paradoxe qui fait que lorsqu’un groupe bouge assez peu de ses bases stylistiques, il est vite accusé de stagnation, alors qu’il est soupçonné de trahison lorsqu’il s’éloigne un peu trop des caractéristiques qui lui ont permis de connaître le succès.

La frappe très « militaire » de la batterie ne dépare pas du tout avec la voix de Jonathan, pour laquelle l’expression « chanter à gorge déployée » semble avoir été inventée. Certes, la pudeur et la retenue dont Shearwater faisaient montre auparavant laissent la place à une sorte de « Cinémascope »® qui vise à impressionner et qui y parvient sans peine, mais cette affirmation glorieuse n’est pas de celles dont le groupe devrait se justifier, car l’émotion est bien présente, et le mot qui vient sous ma plume est celui de noblesse, même si cela en fait sourire certains.

Shearwater avance et prend place, progressivement, parmi les groupes majeurs de cette décennie, sans céder un pouce sur ce qui fait son originalité, mais en empruntant des voies susceptibles de lui ouvrir un public plus large. Je n’ai rien contre.

*Voir ma chronique de « Tulip ».

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