« Rooks » est le premier single tiré du cinquième album de Shearwater, Rook, et je peux dire que c’est cet album qui m’a fait devenir un fan inconditionnel de Shearwater. Si vous ne connaissez pas Rook, je vous envie, car vous allez découvrir une splendeur comme on en fait peu. Mais, comme on me reproche souvent de recourir à toutes sortes de dénominations élogieuses pour évoquer la musique que j’écoute, qui ne traduisent, en fait, que mon goût, lequel n’est pas universellement partagé, je vais tenter de rectifier en indiquant simplement que Jonathan Meiburg et son groupe reprennent les choses à peu près à l’endroit où Mark Hollis* les a laissées avec son unique album solo de 1998. En restant schématique, Hollis, dans ce disque laissait la part belle au silence, et, après ce disque, il est resté silencieux, radicalisant ainsi sa démarche.

Meiburg, lui, ne poursuit pas le chemin de Hollis, mais il prend une voie parallèle, insistant sur la musique même de Hollis et lui donnant une résonnance, voire, à certains moments une emphase bien personnelle, qui aurait été bien étrangère à Mark Hollis lui-même. La clé de cet apparent paradoxe, c’est le timbre vocal de Jonathan, un falsetto absolument renversant, dont les broderies et les enluminures rappellent, sans jamais la copier, l’ascèse hollisienne.

Lorsque Rook est sorti, Jonathan a décidé de cesser sa collaboration avec Will Sheff au sein d’Okkervil River, donnant ainsi à Shearwater l’envergure d’un vrai groupe, et plus seulement celle d’un projet accessoire. Et il a bien fait, car cela a permis à Shearwater d’incarner une démarche originale et précieuse dans le paysage de la musique de ce siècle.

*Ancien chanteur de Talk Talk, pour ceux qui ont besoin de points de repère.

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