Le 8 septembre 2015, j’ai eu la chance d’assister, au Grand Rex, à Paris, au bouleversant et superbe concert que Sufjan Stevens a donné, dans le cadre de sa tournée « Carrie And Lowell », accompagné par quatre remarquables musiciens, Steve Moore aux claviers, Casey Foubert à la basse, Dawn Landes, guitare et voix, James McAlister à la batterie.

Pour ceux et celles qui n’étaient pas là, il existe cet exceptionnel film produit par Asthmatic Kitty, la maison de disques de Sufjan, qui documente l’un des concerts de la tournée, celui du 9 novembre 2015, en Caroline du Sud. Vous le trouverez ici : https://vimeo.com/215185438 et c’est, à mon sens, avec ce support, plus qu’avec le disque audio, que l’on se doit de faire connaissance avec l’interprétation scénique et publique de cette œuvre exceptionnelle*.

Je vous demanderais de vous reporter à ma chronique de « The Only Thing », qui se terminait par cette phrase de Sufjan à propos de l’enregistrement studio de Carrie & Lowell : « Ce n’est pas un projet artistique ; c’est ma vie. » En effet, comme il l’a précisé au début de cette tournée,  « J’ai pris si peu de plaisir à écrire et enregistrer l’album que je sentais que je devais m’accorder un peu de satisfaction. »

Carrie & Lowell en studio est une œuvre austère, exigeante, solitaire, douloureuse. Sur scène, vous le verrez et l’entendrez, c’est très différent ; l’instrumentation est beaucoup plus riche, faisant intervenir des synthétiseurs, des chœurs… La scénographie est très travaillée, avec des lumières, des projections cinématographiques. Quant aux chansons, elles-mêmes, elles restent assez fidèles aux originales, mais comme si une loupe grossissante mettait l’accent sur certains passages. Tout cela a pour effet de transformer l’expérience fascinante, mais un peu autistique de l’écoute de Carrie & Lowell en quelque chose de beaucoup plus ouvert, communiquant ; Sufjan est dans le partage ; ce non-projet artistique est devenu un vrai projet artistique, pas simplement pour nous, les spectateurs, mais également pour lui. Et il prend du plaisir ! En particulier, quand il invite Gallant, à la fin, à reprendre avec lui une chanson de Drake. Il y a, à ce propos, trois autres chansons, dans ce spectacle, qui ne font pas partie du corpus de Carrie & Lowell, mais qui s’intègrent parfaitement à l’ensemble ; il s’agit de la courte introduction empruntée à Michigan (2003), »Redford » et de deux pièces tirées de The Age Of Adz (2010), « Futile Devices » et « Vesuvius ». Mais bien d’autres chansons ont pu être interprétées pendant les concerts de cette tournée, et à Paris, par exemple, « Chicago » a fait partie des rappels. Vous comprendrez aisément que, dans ce contexte, il n’est pas vraiment nécessaire que je m’appesantisse une fois de plus sur « The Only Thing ». C’est peut-être ma chanson préférée de Carrie & Lowell, mais peu importe, ces deux disques, ce film, sont un tout indissociable que je me refuse à charcuter. Vous prenez, ou vous laissez. Et si vous laissez, je vous plains.

*Voir tout ce que j’ai pu écrire sur Sufjan Stevens et, en particulier mes chroniques « The Only Thing », « John My Beloved », »Should Have Known Better », « Vesuvius ».

Print Friendly, PDF & Email