Le premier album du groupe, Led Zeppelin, sorti le 12 janvier 1969, avait été une déflagration. Led Zeppelin II, le « Brown Bomber », qui s’ouvre sur ce démoniaque « Whole Lotta Love » eut l’impact d’un bombardement.

Bien sûr, c’est totalement pompé sur un blues de Willie Dixon, bien sûr, ils ne font que décalquer le « You Need Loving » (1966) des Small Faces*, mais qui n’a pas vu Jimmy Page envoyer ce riff sur sa Les Paul Standard de 1958 ne sait pas ce que peut être, ce qu’est le rock n’roll.

Malheureusement, Led Zeppelin II n’était pas encore sorti lorsque, le 10 octobre 1969, je fus au concert qu’ils donnèrent à l’Olympia, et, pas plus, le 6 décembre 1969 lorsque j’assistai au show assez court qu’ils donnèrent à Châtenay-Malabry, à l’occasion du Bal de l’École Centrale. Pas de « Whole Lotta Love » en public pour moi, Led Zeppelin II étant pourtant sorti au Royaume-Uni, le 31 octobre.

Cet album mirifique, dont les ventes ont dépassé 12 millions d’exemplaires, produit par Jimmy Page, aidé par l’ingénieur Eddie Kramer, a été enregistré dans des conditions un peu acrobatiques, dans de multiples studios, alors que Led Zeppelin était en tournée. Il possède pourtant une assez étonnante cohérence. On pourrait dire qu’alors que le 1er album présente un superbe blues survitaminé, rejeton mutant de celui des Yardbirds, le 2ème album regarde la décennie à venir et annonce en grande pompe le règne du tout-puissant hard-rock.

Ce que tout le monde a en tête à propos de « Whole Lotta Love », c’est le riff de Page, riff non seulement inaugural, comme c’était le cas jusque là, mais riff qui n’arrête pas de propulser les 5 mn 33 de la chanson. La basse de John Paul Jones est énorme ; Robert en rajoute dans le feulement hypersexué, mais c’est le ciel qui nous tombe sur la tête quand on entend le son de la batterie de Bonzo (John Bonham), enregistrée avec des moyens (et des micros) très peu orthodoxes pour l’époque. Vient assez vite une partie de la chanson, désignée maintenant sous le nom de « freakout » dans laquelle Jimmy utilise un Theremin, au son très caractéristique. Rappel à l’ordre de Bonham, dont la caisse claire introduit le très fameux chorus de Jimmy. Au début de la 4ème minute, il y a le curieux « backwards echo », c’est-à-dire que l’écho de la voix de Robert quand il chante « Way down inside…woman…you need… love » est entendu avant la voix principale, le contraire de ce qui est admis habituellement. Il ne s’agit pas, comme on le croit, d’un effet électronique passé à l’envers, mais bien d’une erreur que Kramer et Page utilisèrent avec beaucoup d’à propos. Robert avait enregistré deux pistes de voix, et au moment de la réduction permettant d’obtenir la bande master qui allait recevoir les « overdubs », la seconde piste n’avait pas été complètement effacée. Qu’à cela ne tienne ! On garde, et on met en valeur, puisqu’on ne peut pas faire autrement !

« Whole Lotta Love » a probablement été l’un des titres de Led Zeppelin qu’ils ont le plus joués sur scène, le plus souvent en clôture de concert, et dans des versions très rallongées**.

Sans oublier l’ultime version, celle du 10 décembre 2007, à Londres, avec Jason Bonham, le fils de Bonzo, sur le tabouret jadis occupé par son père, un WLL de 6 minutes 49, seulement. Les temps avaient changé, mais savez-vous, tout de même, que pour 20 000 spectateurs, il y avait eu 20 millions de demandes de billets !

Et enfin, pour ceux qui se demandent encore qui est la jeune femme blonde qui orne la pochette de Led Zeppelin II, il s’agit de Delphine Seyrig (1932-1990).

*Steve Marriott n’avait vraiment rien à envier à Robert Plant.

**Par exemple, celle du 25 juin 1972 au LA Forum (Californie), 23 minutes et 8 secondes, que l’on trouve sur le « live » How The West Was Won

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