Cette chanson ouvre Illinoise, et on pourrait penser qu’il s’agit d’une modeste entrée en matière: un piano, une flute, la voix de Sufjan et ses deux choristes, Katrina Kerns et Shara Worden.

Mais permettez-moi de penser qu’on est déjà au niveau des chefs-d’œuvre. Il s’agit, en effet, d’une chanson absolument magnifique, dont la mélodie déroule une ligne qui s’impose à votre cœur et à votre esprit avec une force incroyable.

Et pourtant, plus profondément, « Concerning The UFO… » travaille un concept souterrain, mais central dont il ne me semble pas que les critiques aient, jusqu’ici, fait mention ; je veux parler de l’ambigüité.

Et d’abord, bien sûr, au niveau du texte, dont le premier niveau de lecture rappelle les circonstances dans lesquelles des policiers ont aperçu un OVNI dans le ciel d’une ville du sud de l’état. Mais ce fait divers, déjà extraordinaire par lui-même s’enrichit d’une dimension religieuse chrétienne qui en arrive à recouvrir ce qui est désigné par le titre de la chanson, laquelle apparaît, en fin de compte comme une vision christique, le mot-pivot étant ici celui d' »Incarnation », point essentiel du dogme chrétien.

Mais l’intelligence de Sufjan Stevens se révèle également par son souci de prolonger sur le plan purement musical le texte superbe (et ambigu) de cette chanson.

Sans rentrer dans des détails que je ne maîtrise pas, du fait de mon incompétence concernant les questions de théorie musicale, il existe également une ambigüité à propos de la tonalité de la chanson, car la ligne mélodique, globalement en Sol majeur, connaît un certain nombre d' »accidents » qui ne permettent pas de maintenir cette hypothèse jusqu’au bout.

Il serait de même hors de ma portée de vous détailler le fait qu’il s’agit d’une partition dans laquelle les mesures sont inégales, ce qui rend très ardu l’assignation à une métrique précise ; ce que vous en percevez est un mélange déroutant d’un rythme très affirmé avec une sorte de « flottement » de ce même rythme. Même si on ne va pas prétendre que la technique pianistique de Sufjan est parfaite, je crois que tout cela est mûrement réfléchi et justifie le mot de chef-d’œuvre que j’ai employé en commençant cette chronique.

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