Si Bernard Edwards et Nile Rodgers ne s’étaient pas fait refouler du Studio 54, la veille du Jour de l’An, alors que Grace Jones, qui les attendait à l’intérieur, avait oublié de mettre leurs noms sur la liste, on n’aurait peut-être pas eu ce qui allait être le single le plus vendu de tous les temps chez Atlantic* : « Le Freak ».

Les deux compères, furieux retournent chez eux avec deux bouteilles de champagne, empoignent leurs instruments, et improvisent sur des paroles qui résument leur état d’esprit : « Fuck off!». Dans le studio, en compagnie de Bob Clearmountain, cela deviendra «Freak off » (bof), puis enfin «Freak out».

Chic, c’était 3 musiciens, le guitariste Nile Rodgers, le bassiste Bernard Edwards (décédé en 1996) et le batteur Tony Thompson, plus deux chanteuses, Alfa Anderson et Diva Gray, et l’album dans lequel on trouvera ce titre sera leur deuxième, C’est Chic.

Si vous trouvez ce morceau parmi mes chroniques, alors que je proclamais fièrement, il n’y a pas si longtemps, que je n’avais que mépris pour la musique qui passait dans les clubs et discothèques**, c’est tout simplement parce que Edwards et Rogers sont de véritables artistes, et certainement pas des tâcherons de studio, et l’impressionnante liste des gens avec lesquels ils ont travaillé vient appuyer mon point de vue, mais il suffit d’écouter ce qu’ils ont produit à cette époque, pour en être convaincus.

L’autre raison, et sans doute la principale, en ce qui me concerne, c’est que quand j’entendais les premières notes de « Le Freak », je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir des fourmillements dans les doigts de pieds, qui me faisaient bondir de mon siège pour me lancer dans des déhanchements savants, millésimés « Studio 54 ».

Aujourd’hui, quand j’entends « Le Freak » je me contente de dodeliner de la tête en souriant…

*13 millions d’exemplaires avec les rééditions.

**Voir ma chronique « Paul McCartney »

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