J’ai assisté à beaucoup de concerts dans ma vie d’amateur de musique, mais je crois que rien n’a été comparable à cette soirée du 7 juillet 1966, au cours de laquelle, pour la première fois de ma vie, et heureusement pas la dernière, j’ai été confronté, dans ce petit club de la banlieue sud de Londres, à cette déflagration qui s’appelait The Who.

Les Who, ça avait été la grande révélation ; je les connaissais depuis quelques mois ; il y avait eu « I Can’t Explain », puis « Anyway, Anyhow, Anywhere », et les amateurs sentaient bien qu’était arrivé un groupe au moins aussi important que les Beatles et les Stones. Impression confirmée avec ce premier album, « My Generation », et cette photo de pochette avec ces 4 mods qui nous regardaient, à côté de leurs bidons de propane, et John, avec cette veste Union Jack sur les épaules !

Album extraordinaire, indispensable, au cœur duquel se nichait l’hymne de notre génération : « My Generation ».

Ce qui était nouveau, et particulièrement excitant avec « My Generation », c’était cette nouveauté radicale du son qui mettait le chant, la guitare, la basse et la batterie sur le même plan ; tout le monde était soliste, tout le monde avait le premier rôle et ne voulait pas le lâcher. C’était sans doute dû, à l’époque, à l’animosité, voire à l’hostilité qui pouvait exister entre Pete et John, d’une part, et Roger, d’autre part, avec Keith dans le rôle de celui qui fait son show tout seul (mais sans jamais oublier d’écouter les autres).

Et donc, pendant que, dans d’autres contextes, Paul McCartney ou Bill Wyman se contentaient de faire des « poum-poum » de bon aloi, talentueux mais discrets, John « The Ox » Entwistle, du haut de sa virtuosité -pour l’époque- inouïe nous ravageait avec ce quadruple break de basse*exécuté sur sa Danelectro, et sans médiator, s’il vous plaît.

Mais comment mettre de côté le chant de Roger Daltrey ? Comment ne pas admirer la présence scénique de Pete Townshend, les moulinets de son bras droit tendu qui s’abattait sur les cordes de sa guitare en y laissant parfois des ongles ? Comment ne pas espérer la destruction de la dite guitare dans un déluge de larsens à la fin de chaque concert ? Et dire que nous ne savions pas encore quel compositeur de génie, c’était ! Et Keith Moon ! Personne n’a jamais joué de la batterie comme Keith, et personne n’en jouera plus comme lui. Keith tapait sur sa batterie -il n’avait, à l’époque qu’une seule grosse caisse – et les trois autres l’accompagnaient. Et pas le contraire ! C’est sans doute la raison pour laquelle depuis la mort de Keith, en 1978, je ne me suis jamais résolu à aller revoir les Who, sur scène. J’ai tort, peut-être ; certains groupes connaissent de nombreux changements de musiciens et restent tout aussi intéressants ; les Stones, avec Mick Taylor, c’était encore mieux qu’avec Brian Jones. Mais les Who, sans Keith, et maintenant, sans John, non, désolé, je n’y arrive pas…

 

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*qui est aujourd’hui, je ne peux résister au plaisir de vous le dire, la sonnerie de mon smartphone.

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