Pour certains, A Salty Dog, troisième album de Procol Harum, est leur plus beau. Personnellement, je me contente de dire, ainsi que je l’écrivais dans une chronique déjà ancienne : « je ne connais aucun autre groupe dont les cinq premiers albums sont autant de chefs-d’œuvre.»*

C’est Matthew Fisher, l’organiste, qui a assuré la production de l’album, et qui est parti du groupe tout de suite après.

Toutes les chansons ont été écrites par Gary Brooker, sur des paroles de Keith Reid. Beaucoup d’entre elles ont pour thème la mer et les navires, dont ce «vieux loup de mer» qui donne son titre à l’album.

« A Salty Dog » ne bénéficie pas de la participation instrumentale de Fisher, et pas, non plus de celle du guitariste Robin Trower, dont on entend, tout au long du disque, que ses options musicales n’ont pas grand chose à voir avec celles de ses camarades. Mais il s’agit d’une borne importante dans l’histoire de Procol Harum, parce que c’est la première fois qu’un orchestre est utilisé, et, pour Gary Brooker, responsable des arrangements orchestraux, ce coup d’essai est un coup de maître.

Les cris des mouettes introduisent une cadence orchestrale accompagnant la voix et le piano de Brooker, avant que l’entrée magistrale de B. J. Wilson, le batteur, et du bassiste Dave Knights ─ qui, lui aussi, quittera Procol Harum, peu de temps après ─ installe fermement la chanson dans le champ de la musique rock. Je le dis de cette façon, parce qu’en 1969, l’alliance d’un orchestre symphonique et d’une instrumentation rythmique rock restait très rare (et, le plus souvent ratée).

L’ampleur et le lyrisme de la chanson ne tiennent que grâce aux qualités de Gary Brooker, ses qualités d’arrangeur, comme je l’ai déjà noté, mais également ses qualités de chanteur eu égard à la difficulté de la partition vocale de « A Salty Dog ».

L’album est, certes, tiraillé entre des individualités dont les choix artistiques ne sont pas exactement en phase, mais, en dépit de cela ─ ou peut-être grâce à cela ─ il reste l’un des plus grands albums de Procol Harum, l’un des plus grands albums de la fin des 60’s.

*Voir ma chronique de « A Whiter Shade Of Pale ».

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