Cette balade en voiture d’un groupe de jeunes, de New York à Chicago, rendue célèbre par le film Little Miss Sunshine (J. Dayton – V. Faris – 2006) est emblématique de l’œuvre de Sufjan Stevens, et est la pièce centrale de cet album dont le titre complet est Sufjan Stevens invites you to : Come On Feel The Illinoise. Il s’agissait du second disque consacré à un état des USA, après Michigan*, mais Sufjan a reconnu que son projet de consacrer un album à chacun des 50 états relevait du marketing.

Il existe cinq versions de “Chicago” : la première connue, celle dont je vais vous parler, est donc celle d’Illinoise (6 mn 04). Il y en a trois autres sur le disque de 2006 qui était consacré aux chansons qui n’avaient pas trouvé leur place sur le disque princeps et qui se nomme The Avalanche Outtakes And Extras From The Illinois Album!, “Chicago Acoustic” (4 mn 40), “Chicago Adult Contemporary Easy Listening Version” (6 mn 06) et “Chicago Multiple Personality Disorder Version” (4 mn 35). La dernière version, Chicago (Demo) (4mn 08) est celle du vinyle édité pour le 10ème anniversaire de la sortie d’Illinoise** (la Blue Marvel Edition), et qu’on retrouve sur un single de 2016.

Je regarde la pochette de mon exemplaire cd d’Illinoise. On y voit Superman voler dans le ciel de Chicago/Metropolis. Plus tard, pour des questions de droits, des ballons viendront recouvrir le superhéros, remplacé par un Blue Marvel, sur la dernière édition.

L’album a été enregistré dans des endroits multiples, en particulier l’appartement de Sufjan à Brooklyn, et pour cette chanson, il joue d’à peu près tous les instruments : orgue Wurlitzer, guitare basse, vibraphone, piano, cloches de traîneau, percussions diverses, et bien sûr, les arrangements, la production et le chant.

Mais il a également réuni The Illinoisemaker Choir qui rassemble Jennifer Hoover, Tara McDonnell, Beccy Lock, Katrina Kerns et Tom Eaton, ainsi qu’un quatuor à cordes composé de Rob Moose (violon), Julianne Carney (violon), Marla Hansen (alto) et Maria Bella Jeffers (violoncelle). Craig Montoro joue de la trompette et le fidèle James McAllister est à la batterie.

Les premières notes de vibraphone annoncent l’exposition du thème par les instruments et le quatuor, puis Sufjan commence à chanter, simplement soutenu par le rythme du piano Wurlitzer, puis par le vibraphone qu’ont précédé les cordes. Le chœur rentre alors en scène, et Sufjan va l’utiliser, la plupart du temps, ─ car pas un seul passage de cette œuvre superbe ne ressemble à l’un de ceux qui l’ont précédé ─ comme une réponse à son propre chant, et très peu comme soutien à celui-ci. Je ne vais pas vous détailler chaque instant de “Chicago”, ni chacune des versions, car “Chicago” est, à chaque fois, différent et superbe, mais, si vous allez maintenant fureter sur les plateformes vidéo, vous trouverez “Chicago”, toujours aussi beau, toujours recommencé, toujours plein de surprises, d’étonnements et de ferveur.

Lorsque j’ai vu pour la première fois sur scène, Sufjan, à La Cigale, le 5 novembre 2005, il a commencé par “Chicago” ; et le 9 novembre de l’année suivante, au Bataclan, il terminait son concert avec ce qui était devenu un hymne.

Car “Chicago” n’est pas seulement un voyage musical, c’est également un voyage métaphysique. Ce «All things go» qui scande la chanson et qui nous dit que tout passe et disparaît, ce «I made a lot of mistakes» qui marque le retour que Sufjan fait sur lui-même et ses erreurs, au fur et à mesure de sa progression automobile vers la ville. Sufjan Stevens est un moraliste, en plus d’être, puisque vous connaissez mon opinion artistique sur cet homme, le plus grand musicien de ce siècle.

*Il y avait eu, entre les deux, Seven Swans (2005), auquel j’ai consacré quelques chroniques : “The Dress Looks Nice On You”, We Won’t Need Legs To Stand”, “A Good Man Is Hard To Find”, “Abraham”.

**Il est à noter que sur cette édition récente, la maison de disques nomme cet album Illinois (sans “e” final) et “Chicago” est renommé “Go! Chicago! Go! Yeah!” !

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