Ce titre est une expression idiomatique dont une bonne traduction serait : « Je l’ai appris par la rumeur ». C’est l’une des chansons “soul” les plus connues, et le premier vrai succès de Marvin Gaye, qui sortait tout de même son huitième album, In The Groove.

Barrett Strong écrivit la musique, et Norman Whitfield les paroles et ils firent enregistrer la chanson dès 1966 par Smokey Robinson & The Miracles. Cependant, Berry Gordy, patron de la maison de disques Tamla Motown bloqua la sortie du disque jusqu’en 1968, de même qu’il bloqua plusieurs enregistrements du titre par Marvin Gaye, et la première version publiée de IHITTG, le fut par Gladys Knight & The Pips, lors d’une session dirigée par Whitfield, en 1967, et ce fut un grand succès. D’autres artistes, comme par exemple les Temptations furent mis à contribution, mais Whitfield restait persuadé que l’interprète idéal était Marvin Gaye. In The Groove sortit donc, et, devant le succès de IHITTG, Berry Gordy décida la sortie d’un single, vers la fin de l’année, lequel se classa n° 1, un peu partout. L’album fut réédité, nommé cette fois, bien entendu, I Heard It Through The Grapevine.

La maladie de Tammi Terrell avait laissé Marvin profondément déprimé, et sa vie avait pris un tour chaotique ; le texte de Whitfield était parfaitement adapté à la personnalité de Marvin. En outre Whitfield avait demandé à Marvin, au fur et à mesure des cinq sessions d’enregistrement qui furent nécessaires, de chanter dans une tessiture plus aiguë que celle dans laquelle il se sentait à l’aise, habituellement. Allez, je vous en prie, chercher sur YouTube un enregistrement de IHITTG qui isole la voix du chanteur, des pistes instrumentales, comme s’il chantait a cappella ; vous pourrez vous rendre compte à quel point Marvin savait faire passer dans son interprétation les sentiments de peur et de doute que le texte charrie.

Et quelle élégance dans cet arrangement musical ! le claquement initial, et les Funk Brothers qui déclenchent leur implacable machine rythmique, avec le piano Wurlitzer de Johnny Griffith, la batterie minimaliste ─ trois batteurs furent employés ; Richard “Pistol” Allen, Uriel Jones, et je ne connais pas le nom du 3ème ─, la basse de James Jamerson, la guitare du seul Blanc du groupe, Joe Messina, l’orgue Hammond d’Earl Van Dyke, sans oublier le percussionniste Jack Ashford. Les cordes sont dues au Detroit Symphony Orchestra, et le trio de voix qui assure les chœurs, et qui semble prendre plaisir à humilier le pauvre Marvin, en insistant sur sa déconvenue amoureuse, s’appelle The Andantes.

Cette version 1968 de Marvin Gaye est indépassable, mais, franchement, la chanson est tellement géniale que je vous invite à explorer les innombrables reprises* qui en ont été faites, à commencer par celle de Creedence Clearwater Revival qui figure sur leur Cosmo’s Factory. John Fogerty est trop joyeux pour qu’on y croie, mais c’est quand même très bien. Les autres que je pourrais connaître ? Gladys Knight, Smokey Robinson, Ike & Tina Turner, Bill Frisell, Dusty Springfield, Amy Winehouse & Paul Weller et la très étrange mais assez pertinente version de Tuxedomoon. Mais qui, au dessus de Marvin ? Personne, évidemment.

*335 au dernier comptage.

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