La plupart du temps, mes chroniques se référent à la version enregistrée en studio du titre concerné. Mais, en ce qui concerne « The Kiss », même si la version présente sur son second album, « Heart Food » est très bonne, je trouve que l’interprétation qu’en donne Judee le 15 février 1973 pour un programme de la BBC, est insurpassable.

Mais si vous ne connaissez pas Judee Sill, il faut peut-être que je vous dise quelques mots de cette artiste, née en Californie en 1944, et élevée dans la région d’Oakland. Son père meurt ; sa mère se remarie avec un homme brutal, et elle subit des violences sexuelles de la part de son beau-père. Envoyée en internat, elle s’y lie avec un  garçon qui l’entraîne à voler des spiritueux ou à braquer des stations-service. En maison de redressement, elle apprend à jouer du piano. Elle y apprend aussi la mort de son frère dans un accident de la route. Sa mère, devenue alcoolique meurt également et elle se marie avec un musicien. Il ne leur faut pas longtemps, à tous les deux, pour devenir dépendants à l’héroïne. Après son divorce, elle se retrouve seule à Los Angeles, où la prostitution, les escroqueries et les chèques falsifiés lui permettent de se procurer ses doses quotidiennes. Elle fait de la prison, réussit à se désintoxiquer et commence à écrire des chansons. David Geffen la fait signer sur son label, Asylum Records. Elle achète une maison et y vit sa bisexualité, sans contraintes.

Elle finit par enregistrer son premier disque, « Judee Sill », se marie avec un homme qui la trompe sans vergogne. Asylum, plus préoccupé par les Eagles que par elle, la néglige. Elle enregistre pourtant « Heart Food », tombe amoureuse de Geffen, qui se fâche avec elle après qu’elle eût révélé son homosexualité lors d’une interview. C’en est fini de sa carrière discographique.

Sa rupture avec Geffen et un accident de la route qui la laisse avec de terribles douleurs dorsales, la font retomber dans son addiction à l’héroïne. Elle s’intéresse à la mystique chrétienne, puis à la magie noire et au spiritisme. Elle meurt d’une overdose aux opiacés et à la cocaïne, le 23 novembre 1979, à l’âge de 35 ans.

Vie pas banale, n’est-ce pas ? Mais ce qui l’est encore moins, c’est l’œuvre qu’elle laisse derrière elle, ses deux albums officiels, le « live in London » et les morceaux inédits, ébauche de son troisième album.

Saviez-vous que les musiciens de Motörhead (Lemmy, paix à ton âme) ont tous demandé que « The Kiss » soit joué à leur enterrement ? Saviez vous qu’Andy Partridge, de XTC, qui est l’un des musiciens que j’admire le plus, a dit les choses suivantes, à propos de Judee Sill ? : « L’ambiance et le son de nos derniers albums vient directement de Judee Sill…Si vous êtes un fan du côté émotionnel de Brian Wilson, Judee Sill en est l’équivalent féminin…Ses mélodies sont J-S Bach avec une 12-cordes…J’ai même dit que « The Kiss » est la plus belle chanson jamais enregistrée…»

Il y a trois versions de « The Kiss » sur « Live in London », aussi belles l’une que l’autre. Judee s’y accompagne au piano. C’est d’une grande douceur, et en même temps, d’une grande sensualité; ce n’est, à mon avis, pas une chanson à jouer dans les enterrements, mais Andy a raison, l’une des plus belles chansons jamais enregistrées.

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